ASSEMBLÉE NATIONALE :18 466 MILLIARDS SUR LA TABLE, MAIS QUELLES RÉPONSES AUX DIFFICULTÉS DES IVOIRIENS ?
Vie chère, chômage des jeunes, accès aux soins, déguerpissements et indemnisations. Avec douze projets de loi à examiner d’ici fin décembre, Patrick Achi et les députés sont attendus sur la prise en compte des urgences sociales et le contrôle des dépenses publiques.
DOSSIER SPÉCIAL SUR LE BUDGET 2027 ET LES PRÉOCCUPATIONS CITOYENNES
Dans les marchés, les familles calculent leurs dépenses alimentaires. Dans les quartiers populaires, les jeunes cherchent un emploi stable. Dans les centres de santé, les patients attendent des soins accessibles. Dans les zones concernées par les déguerpissements, des ménages s’interrogent sur leur avenir. Pendant ce temps, l’État prépare un budget de 18 466,1 milliards de FCFA pour 2027. Sous la présidence de Patrick Achi, l’Assemblée nationale doit examiner les choix financiers du gouvernement. Au-delà des chiffres, l’enjeu est de savoir comment ces ressources répondront aux besoins concrets des Ivoiriens. Dix-huit mille quatre cent soixante-six milliards de FCFA. Derrière cette somme considérable se trouvent des attentes bien réelles. Pour une mère de famille, l’urgence peut être de remplir son panier sans sacrifier d’autres dépenses essentielles. Pour un jeune diplômé, elle peut être de trouver un emploi. Pour un malade, de pouvoir se soigner. Pour une famille concernée par un déguerpissement, de connaître ses droits et les solutions prévues. Ces réalités donnent toute sa dimension au débat budgétaire. Les Ivoiriens ne vivent pas dans les tableaux de prévisions économiques. Ils vivent dans les marchés, les quartiers, les villages et les villes où se mesurent quotidiennement les effets des politiques publiques. Le mercredi 21 octobre 2026, l’Assemblée nationale, présidée par Patrick Achi, a adopté son calendrier de travail jusqu’au 31 décembre. Douze projets de loi doivent être examinés, dont quatre textes ordinaires et huit projets de ratification d’ordonnances. Parmi les principaux dossiers figurent le règlement du budget 2025 et le projet de loi de finances 2027. Des séances d’information sont également prévues avec plusieurs institutions, notamment la Cour des comptes, le Médiateur de la République et le Conseil national des droits de l’homme. Mais la véritable portée de cette session dépendra de la manière dont les députés examineront les préoccupations des populations. Pour donner une lecture plus concrète de ces enjeux, les priorités peuvent être organisées autour de trois niveaux. Les urgences qui affectent immédiatement les ménages, les besoins essentiels qui conditionnent leur avenir et les exigences de gouvernance qui déterminent l’efficacité des politiques publiques.
LA VIE CHÈRE ET LE POUVOIR D’ACHAT AU CŒUR DES URGENCES QUOTIDIENNES
La question du coût de la vie mérite une attention immédiate, parce qu’elle touche directement l’alimentation, le transport et les dépenses courantes des ménages. Dans les marchés d’Abobo, de Daloa, de Yopougon ou de Bouaké, les variations des prix des produits alimentaires peuvent rapidement déséquilibrer les budgets familiaux. Les récentes contestations des vendeuses de poisson congelé illustrent ces tensions. Le 19 octobre, des commerçantes d’Abobo ont dénoncé une forte augmentation des prix d’approvisionnement. À Daloa, des mobilisations ont été rapportées les 20 et 21 octobre, conduisant les autorités préfectorales à engager des discussions avec les représentantes des vendeuses. Ces événements mettent en évidence les difficultés rencontrées par certains opérateurs et consommateurs. Ils appellent des vérifications sur les prix à l’importation, les coûts de conservation, les marges commerciales et les conditions de concurrence. Le Parlement pourrait demander au gouvernement un bilan des mesures de lutte contre la vie chère, accompagné d’indicateurs sur les prix des produits essentiels, leur disponibilité et l’évolution du pouvoir d’achat. Car un budget en progression n’améliore pas automatiquement la situation d’un ménage dont les dépenses essentielles augmentent plus rapidement que les revenus.
L’EMPLOI DES JEUNES ET LES REVENUS DES FAMILLES, UNE ATTENTE MAJEURE
La question de l’emploi constitue un enjeu majeur pour l’autonomie économique des jeunes et la stabilité des revenus familiaux. L’obtention d’un diplôme ou la participation à un programme de formation ne garantit pas nécessairement une insertion professionnelle durable.
Les députés pourraient demander des évaluations précises des dispositifs publics d’insertion, de formation professionnelle, d’entrepreneuriat et d’accompagnement des petites entreprises.Il conviendrait notamment de distinguer les personnes formées, celles qui ont effectivement trouvé un emploi, celles qui ont créé une activité viable et celles dont la situation économique s’est durablement améliorée. La qualité des emplois doit également être examinée à travers la rémunération, la stabilité, la protection sociale et les perspectives d’évolution. Dans les zones rurales, l’insertion des jeunes passe aussi par l’agriculture, la transformation locale, les activités artisanales et l’accès aux marchés. Le débat budgétaire devrait ainsi permettre de relier les programmes de formation aux besoins réels de l’économie ivoirienne.
LA SANTÉ ET L’ACCÈS AUX SOINS, UNE PROTECTION INDISPENSABLE POUR LES MÉNAGES La santé constitue une priorité sociale dont les conséquences sont immédiates pour les familles. Le coût des consultations, la disponibilité des médicaments, l’accès aux structures sanitaires, le fonctionnement de la couverture maladie universelle et la présence de personnels qualifiés déterminent la qualité de la prise en charge. Les députés pourraient demander une évaluation territoriale des moyens affectés à la santé, en distinguant les infrastructures construites des établissements réellement opérationnels. Le bilan communiqué le 14 octobre faisant état de 23 cas de fièvre jaune, dont 11 décès, dans le nord du pays rappelle l’importance des dispositifs de prévention, de vaccination et de surveillance épidémiologique. Ce bilan correspond à la situation annoncée à cette date et ne constitue pas nécessairement le décompte le plus récent. La question centrale demeure celle des résultats. Les crédits consacrés à la santé doivent pouvoir être confrontés à la disponibilité des soins et à leur accessibilité effective.
LOGEMENT, DÉGUERPISSEMENTS ET INDEMNISATIONS, LA SÉCURITÉ DES FAMILLES EN QUESTION
Les opérations de déguerpissement, les indemnisations et le recasement figurent parmi les préoccupations évoquées lors des échanges parlementaires du 21 octobre. Ces questions concernent directement la stabilité résidentielle, les activités économiques et les moyens de subsistance des personnes affectées. Les projets d’aménagement peuvent répondre à des objectifs légitimes de sécurité, de mobilité ou d’utilité publique. Leur exécution doit néanmoins respecter les procédures applicables et les droits des populations concernées. L’Assemblée nationale pourrait demander un état détaillé des opérations réalisées, du nombre de personnes affectées, des critères d’éligibilité aux indemnisations, des sommes prévues et versées ainsi que des dispositifs de relogement. Une attention particulière devrait être portée aux ménages vulnérables et aux commerçants dont l’activité constitue la principale source de revenus.Le développement urbain ne peut être apprécié uniquement à travers les infrastructures livrées. Ses conséquences humaines doivent également être évaluées.
ÉDUCATION ET FORMATION, INVESTIR DANS L’AVENIR DES ENFANTS
Après les urgences qui affectent immédiatement les ménages, l’éducation et la formation représentent des investissements essentiels pour les générations futures. La disponibilité des enseignants, les effectifs par classe, l’état des établissements, l’accès aux équipements pédagogiques et les taux d’abandon scolaire constituent des indicateurs déterminants. Le Parlement pourrait examiner les ressources prévues pour améliorer la qualité de l’enseignement et réduire les disparités territoriales. Une attention particulière devrait être accordée à l’articulation entre l’enseignement général, la formation technique et les besoins du marché du travail.L’efficacité des dépenses éducatives ne doit pas être évaluée uniquement au nombre d’établissements construits, mais aussi aux acquis des élèves, à leur progression et à leurs possibilités d’insertion.
EAU, ÉLECTRICITÉ, ROUTES ET SERVICES PUBLICS, LES RÉGIONS ATTENDENT LEUR PART DU DÉVELOPPEMENT
La question de l’équité territoriale doit occuper une place importante dans l’examen du budget 2027.Les besoins des populations de Daloa, Korhogo, Man, Bondoukou, Odienné, Bouaké ou San Pedro ne se confondent pas nécessairement avec ceux du district d’Abidjan. L’accès à l’eau potable, l’électrification, l’entretien des routes secondaires, les établissements sanitaires et les infrastructures scolaires conditionnent le développement local. Les députés pourraient demander une présentation des investissements publics par région, en distinguant les crédits programmés, les décaissements et les réalisations achevées. Cette approche permettrait de mieux apprécier la répartition territoriale des ressources et d’identifier les zones nécessitant des efforts supplémentaires.
AGRICULTURE ET SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE, RÉDUIRE LA DÉPENDANCE EXTÉRIEURE
Les difficultés d’approvisionnement observées sur certains marchés soulignent l’importance de la production nationale et de la résilience des filières alimentaires. Le développement de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture peut contribuer à renforcer l’offre locale, sous réserve d’investissements efficaces et de circuits de distribution adaptés. Le Parlement pourrait demander des bilans sur les volumes produits, les importations, les coûts de transport, les infrastructures de stockage et les résultats des programmes de soutien aux producteurs. La souveraineté alimentaire ne doit pas être appréciée uniquement à travers les objectifs annoncés. Elle doit aussi être mesurée par la disponibilité des produits et leur accessibilité économique.
BUDGET 2027, COMMENT TRANSFORMER LES MILLIARDS EN RÉSULTATS CONCRETS
Le projet de budget 2027 atteint 18 466,1 milliards de FCFA, contre 17 350,2 milliards pour 2026, soit une progression d’environ 6,4 %. Cette augmentation traduit une évolution des ressources et des charges prévues, mais ne garantit pas mécaniquement une amélioration des services publics. Le projet comprend notamment 160 programmes, dont 40 comptes spéciaux du Trésor. Ces mécanismes budgétaires sont encadrés et ne doivent pas être assimilés à des fonds secrets. Leur objet, leur financement et leur exécution doivent néanmoins pouvoir être examinés. Le gouvernement prévoit également 100 milliards de FCFA pour le démarrage du Fonds souverain et 70 milliards pour les études liées aux projets du Plan national de développement 2026-2030. Ces enveloppes appellent des précisions sur les critères de sélection, les modalités de gouvernance, les mécanismes de contrôle et les résultats attendus. Le rôle du Parlement consiste à examiner la cohérence entre les objectifs affichés, les crédits proposés et les moyens de mise en œuvre.
DETTE PUBLIQUE, PRÉSERVER LES CAPACITÉS DE FINANCEMENT DE L’ÉTAT
Le financement des politiques sociales dépend également de la soutenabilité des finances publiques. Le recours à l’emprunt peut contribuer au développement des infrastructures et au financement des investissements. Mais les remboursements et les intérêts représentent des engagements qu’il convient d’intégrer aux prévisions budgétaires. Les députés pourraient demander une présentation détaillée de l’encours de dette, des échéances, du service annuel et des opérations de refinancement. Cette information permettrait d’apprécier les marges budgétaires disponibles pour financer durablement les services essentiels. La transparence sur la dette ne consiste pas à considérer tout emprunt comme problématique, mais à examiner son coût, son utilisation et sa compatibilité avec les capacités financières de l’État.
CONTRÔLER LES DÉPENSES DE 2025 AVANT D’ENGAGER CELLES DE 2027
Le projet de loi portant règlement du budget 2025 constitue un instrument essentiel de contrôle. Contrairement au budget 2027, qui autorise les ressources et les dépenses futures, la loi de règlement permet d’examiner l’exécution d’un exercice achevé. Le gouvernement a communiqué des ressources recouvrées de 15 654,2 milliards de FCFA et des dépenses exécutées de 15 285,1 milliards, soit un écart positif de 369,1 milliards présenté comme un excédent de trésorerie. Ce chiffre ne doit pas être automatiquement assimilé à un excédent budgétaire global. Son interprétation exige de préciser les périmètres comptables et les opérations de financement concernées. L’Assemblée nationale devra pouvoir confronter les crédits votés aux dépenses réalisées, examiner les écarts et apprécier les performances des programmes publics. Les observations de la Cour des comptes constituent, à cet égard, un appui essentiel.
PATRICK ACHI ET LES DÉPUTÉS FACE À L’EXIGENCE DES PRIORITÉS CITOYENNES
La session parlementaire ne peut répondre simultanément et de manière identique à toutes les attentes des populations. Les ressources sont limitées et les politiques publiques impliquent des arbitrages.C’est précisément pour cette raison qu’une hiérarchisation claire des besoins est nécessaire.
Dans ce dossier, les priorités sont présentées selon leur incidence directe sur la vie quotidienne et leur portée à moyen terme. Il ne s’agit pas d’un classement issu d’un sondage national ni d’une hiérarchie officiellement arrêtée par les pouvoirs publics. La vie chère, les revenus, l’accès aux soins et la sécurité du logement apparaissent comme des préoccupations immédiates. L’éducation, les infrastructures territoriales et la production alimentaire constituent des enjeux structurels. La transparence budgétaire, la dette et le contrôle des dépenses déterminent, quant à eux, les moyens disponibles pour répondre durablement à l’ensemble de ces besoins. Sous la présidence de Patrick Achi, l’Assemblée nationale dispose de plusieurs instruments pour examiner ces questions, notamment les travaux en commission, les débats budgétaires, les demandes d’explication, les séances d’information et le contrôle de l’exécution des politiques publiques. L’enjeu sera de faire apparaître clairement les arbitrages opérés et les résultats attendus.
DOUZE PROJETS DE LOI, MAIS DES MILLIONS DE VIES CONCERNÉES
Le calendrier adopté le 21 octobre constitue une étape institutionnelle importante. Il ne préjuge ni de l’adoption définitive des textes ni de l’efficacité des politiques qui seront financées. Pour les Ivoiriens, l’essentiel se situe au-delà du nombre de lois votées.Il se trouve dans la capacité à acheter les produits essentiels, à accéder aux soins, à trouver un emploi, à bénéficier d’une éducation de qualité et à vivre dans un environnement offrant des perspectives économiques. Le Parlement doit pouvoir examiner ces préoccupations à travers des indicateurs précis et des engagements vérifiables. Car derrière les 18 466 milliards de FCFA du budget 2027, il y a d’abord des familles à soutenir, des jeunes à accompagner, des malades à soigner, des élèves à former et des territoires à développer.Le véritable enjeu de cette session parlementaire sera donc moins de multiplier les textes que de rendre lisibles les choix budgétaires et de vérifier leur contribution effective aux besoins des populations.
Karim Bamba
le225hebdo.com
ASSEMBLÉE NATIONALE :18 466 MILLIARDS SUR LA TABLE, MAIS QUELLES RÉPONSES AUX DIFFICULTÉS DES IVOIRIENS ?
Vie chère, chômage des jeunes, accès aux soins, déguerpissements et indemnisations. Avec douze projets de loi à examiner d’ici fin décembre, Patrick Achi et les députés sont attendus sur la prise en compte des urgences sociales et le contrôle des dépenses publiques.
Par Joel Rabbi
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