LE225HEBDO.
Actualité · Article· Mardi 20 octobre 2026· 4 min de lecture· 35 vues

Actualité

CEDEAO–AES : APRÈS LA RUPTURE, LE RETOUR DU DIALOGUE S’IMPOSE EN AFRIQUE DE L’OUEST

JRPar Joel Rabbi · Actualité
CEDEAO–AES : APRÈS LA RUPTURE, LE RETOUR DU DIALOGUE S’IMPOSE EN AFRIQUE DE L’OUEST

Entre nécessité sécuritaire, interdépendance économique et réalités géopolitiques, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Alliance des États du Sahel (AES) envisagent de nouvelles modalités de coopération. Une évolution diplomatique majeure pour une région fragilisée par les divisions politiques, mais dont les populations et les économies demeurent profondément liées. L’Afrique de l’Ouest pourrait s’engager dans une nouvelle phase de ses relations diplomatiques. Selon une information rapportée le 19 octobre 2026 par l’Agence ivoirienne de presse (AIP), la mise en place de groupes de travail conjoints est envisagée afin de définir un cadre de coopération entre la CEDEAO et l’AES, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette perspective intervient après plusieurs années de tensions entre l’organisation régionale et les trois États sahéliens, dont le retrait de la CEDEAO est devenu effectif le 29 janvier 2025. Malgré cette séparation institutionnelle, les impératifs de sécurité, les échanges commerciaux et la circulation des populations rendent indispensable le maintien de relations fonctionnelles.

Une rupture politique qui n’a pas effacé les interdépendances

La création de l’AES a profondément modifié les équilibres régionaux. En affirmant leur volonté de renforcer leur souveraineté et leur coopération militaire, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont engagé une réorientation de leurs alliances et de leurs priorités diplomatiques. Mais cette recomposition n’a pas supprimé les réalités géographiques et économiques. Les trois pays restent étroitement liés aux États côtiers, notamment à la Côte d’Ivoire, au Ghana, au Togo, au Bénin et au Sénégal, par leurs corridors commerciaux, leurs réseaux de transport et leurs échanges humains. L’enjeu n’est donc plus seulement de surmonter les divergences politiques. Il consiste à empêcher que la fragmentation institutionnelle de l’espace ouest-africain ne pénalise durablement les populations et les entreprises.

La Côte d’Ivoire au cœur des enjeux économiques

Pour Abidjan, l’évolution des relations entre la CEDEAO et l’AES revêt une importance stratégique. Le port d’Abidjan constitue l’une des principales portes d’accès maritimes du Mali et du Burkina Faso, tandis que les transporteurs, transitaires et opérateurs logistiques ivoiriens participent activement à l’approvisionnement de ces marchés. Toute détérioration des relations régionales peut entraîner des complications administratives, des ralentissements aux frontières, une augmentation des coûts de transport et des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement. À l’inverse, un cadre de coopération clairement défini pourrait faciliter le transit des marchandises, sécuriser les corridors routiers et préserver les intérêts économiques des États concernés. Pour les entreprises ivoiriennes comme pour les consommateurs sahéliens, la question dépasse largement les considérations diplomatiques. Elle touche directement aux prix des produits, à la compétitivité des échanges et à la disponibilité des biens essentiels.

La sécurité, principal défi d’une coopération retrouvée

Au-delà du commerce, la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière constitue un autre enjeu majeur. L’insécurité persistante au Sahel représente une menace qui dépasse les frontières nationales et exige des mécanismes de coordination entre les États. La circulation des groupes armés, les trafics transfrontaliers et les déplacements de populations rendent nécessaire une coopération opérationnelle, même entre gouvernements aux orientations politiques différentes. La mise en place éventuelle de groupes de travail conjoints pourrait permettre d’examiner les modalités d’échange d’informations, de surveillance des frontières et de coordination des initiatives sécuritaires. Cependant, l’efficacité de cette démarche dépendra de la confiance entre les parties et de leur capacité à transformer les engagements diplomatiques en dispositifs concrets.

Du dialogue diplomatique aux résultats concrets

L’annonce d’une coopération envisagée ne signifie pas un retour des trois pays sahéliens au sein de la CEDEAO. Elle ouvre plutôt la perspective d’une relation institutionnelle adaptée à leur nouveau statut.

Plusieurs questions restent déterminantes. Quel sera le mandat des groupes de travail ? Quelles garanties seront accordées à la libre circulation des personnes et des marchandises ? Comment organiser la coopération sécuritaire sans remettre en cause les choix souverains des États concernés ?

Les réponses permettront de mesurer la portée réelle du rapprochement.

Pour la CEDEAO comme pour l’AES, le défi consiste désormais à dépasser les antagonismes sans nier les divergences. La souveraineté des États et l’intégration régionale ne doivent pas nécessairement devenir deux objectifs incompatibles.

L’Afrique de l’Ouest face à une responsabilité historique

Cette perspective de dialogue intervient à un moment où l’Afrique de l’Ouest doit simultanément répondre aux défis du terrorisme, de l’emploi des jeunes, de la sécurité alimentaire et de la transformation économique. Aucune de ces questions ne peut être durablement résolue dans l’isolement. Les États côtiers ont besoin de relations stables avec leur arrière-pays sahélien, tandis que les pays enclavés dépendent de corridors commerciaux fiables pour leurs importations et leurs exportations. Pour la Côte d’Ivoire, préserver ces relations constitue autant une nécessité économique qu’un impératif de stabilité régionale. La véritable réussite de ce rapprochement ne se mesurera donc pas au nombre de réunions diplomatiques, mais à la fluidité des frontières, à la sécurité des populations et à la capacité des États à commercer et à coopérer malgré leurs divergences. Car au-delà des institutions et des choix politiques, une évidence demeure. La CEDEAO et l’AES peuvent emprunter des trajectoires différentes, mais elles partagent un espace géographique, des intérêts économiques et un destin sécuritaire qu’aucune rupture diplomatique ne saurait effacer.

Oumar Maiga

Partager cet article35 vues
CEDEAO–AES : APRÈS LA RUPTURE, LE RETOUR DU DIALOGUE S’IMPOSE EN AFRIQUE DE L’OUEST

le225hebdo.com

CEDEAO–AES : APRÈS LA RUPTURE, LE RETOUR DU DIALOGUE S’IMPOSE EN AFRIQUE DE L’OUEST

Par Joel Rabbi

35 vues

Le 225Hebdo — L'actualité ivoirienne, chaque semaine

Partager sur FacebookPartager sur WhatsApp
https://le225hebdo.com/article/cedeao-aes-apres-la-rupture-le-retour-du-dialogue-s-impose-en-afrique-

Commentaires (0)

    Poursuivre la lecture