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Actualité · Article· Mardi 20 octobre 2026· 6 min de lecture· 23 vues

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EMPLOI DES JEUNES: PRÈS DE 1 000 MILLIARDS FCFA MOBILISÉS, MAIS COMBIEN D’EMPLOIS DURABLES À L’ARRIVÉE ?

JRPar Joel Rabbi · Actualité
EMPLOI DES JEUNES: PRÈS DE 1 000 MILLIARDS FCFA MOBILISÉS, MAIS COMBIEN D’EMPLOIS DURABLES À L’ARRIVÉE ?

Plus de 3,5 millions de jeunes déclarés bénéficiaires des programmes publics, près de 962 milliards de FCFA d’investissements cumulés et de nouvelles ambitions pour 2030. Derrière ces chiffres impressionnants, une interrogation fondamentale demeure : combien de jeunes ont réellement obtenu un emploi stable, rémunérateur et durable ? Des milliards investis, des millions de bénéficiaires annoncés, des milliers de formations et de stages organisés. Mais combien de jeunes Ivoiriens peuvent aujourd’hui affirmer qu’ils vivent durablement de leur travail grâce à ces programmes ? Cette question mérite mieux que des statistiques globales et des cérémonies de remise de chèques. Elle appelle un bilan précis de l’insertion professionnelle, de la qualité des emplois créés et des résultats obtenus avec les ressources publiques. En Côte d’Ivoire, l’emploi des jeunes demeure un enjeu majeur de développement économique et de cohésion sociale. Le gouvernement multiplie les initiatives de formation, d’entrepreneuriat, d’apprentissage et d’accompagnement vers l’emploi. Les investissements sont importants, les ambitions affichées considérables. Mais l’efficacité de cette politique ne saurait être appréciée uniquement au nombre de personnes touchées par les dispositifs.

Plus de 3,5 millions de jeunes accompagnés, que recouvre ce chiffre ?

Le 5 août 2026, le gouvernement a présenté le bilan du Programme jeunesse du gouvernement pour la période achevée en 2025. Selon les données officielles, 3 578 262 jeunes ont été déclarés impactés par les différentes interventions, pour un investissement cumulé de 962,16 milliards de FCFA. Dans cette enveloppe, 492,91 milliards ont été consacrés aux initiatives d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie, 465,89 milliards aux infrastructures et 3,36 milliards aux actions de prévention et de sensibilisation. Au total, 261 structures de formation et infrastructures destinées à la jeunesse auraient été construites ou réhabilitées. Ces résultats témoignent de l’ampleur de l’intervention publique. Ils nécessitent cependant une lecture rigoureuse. Être bénéficiaire d’une bourse, participer à une formation, suivre un stage ou recevoir un financement entrepreneurial ne signifie pas automatiquement avoir obtenu un emploi durable. La question centrale est donc celle du devenir des bénéficiaires. Combien ont effectivement signé un contrat de travail ? Combien exercent une activité rémunératrice douze mois après leur accompagnement ? Combien ont créé une entreprise encore opérationnelle deux ans plus tard ?

Foire de l’emploi, les opportunités ne sont pas toutes des recrutements

L’exemple des foires nationales de l’emploi illustre cette nécessité de distinguer les annonces des résultats. En mars 2025, le gouvernement avait annoncé 21 956 réponses positives à l’issue de la Foire nationale de l’emploi et du recrutement. Mais cette catégorie regroupait plusieurs formes d’opportunités. Concernant l’emploi direct, 2 930 candidats avaient reçu une réponse positive et se trouvaient alors en cours de recrutement, tandis que 1 235 jeunes avaient obtenu un stage.En mai 2026, l’Agence Emploi Jeunes a annoncé 86 178 opportunités mobilisées pour la nouvelle édition de la foire, dont 6 767 postes d’emploi direct, 2 661 stages pré-emploi et des possibilités de financement pour 6 750 projets. Ces chiffres ne sont pas équivalents. Une opportunité proposée n’est pas un recrutement confirmé. Une réponse positive n’est pas nécessairement un contrat signé. Un stage n’est pas automatiquement un emploi permanent. La véritable mesure du succès repose sur les placements effectifs, les contrats conclus, les rémunérations et le maintien en activité après plusieurs mois.

Abobo, 3 704 jeunes mis en activité, mais quel avenir après six mois ?

Le 7 octobre 2026, le gouvernement a présenté à Abobo une opération mobilisant 1,275 milliard de FCFA pour 3 704 jeunes bénéficiaires. Selon les annonces du ministre Mamadou Touré, les participants doivent percevoir une rémunération équivalente au SMIG pendant six mois et bénéficier d’un accompagnement financier destiné au développement d’activités génératrices de revenus.L’initiative répond à un besoin immédiat de formation et de revenus. Mais sa réussite devra être évaluée au-delà des six premiers mois.

Combien de bénéficiaires conserveront une activité rémunératrice après la fin du dispositif ? Combien deviendront financièrement autonomes ? Quels mécanismes permettront de suivre leur parcours ? Sans ces indicateurs, il sera difficile de distinguer une insertion professionnelle durable d’un accompagnement temporaire.

Le chômage officiel recule, mais la qualité des emplois reste déterminante

Selon le bulletin de l’Agence nationale de la statistique consacré au quatrième trimestre 2025, la Côte d’Ivoire comptait 13,28 millions de personnes en emploi, avec un taux de chômage de 3,4 %, contre 4,7 % un an auparavant. Ces données traduisent une amélioration de l’indicateur officiel. Elles ne suffisent cependant pas à décrire toutes les difficultés rencontrées par les jeunes. En effet, au sens statistique international, une personne peut être considérée comme occupée même si son activité est précaire, faiblement rémunérée ou exercée pendant un nombre limité d’heures. Le chômage officiel ne mesure donc pas à lui seul le sous-emploi, l’instabilité des revenus ou la qualité des conditions de travail. Pour de nombreux jeunes, la question ne se limite pas à exercer une activité. Il s’agit de disposer d’un revenu suffisant, d’une protection sociale et de perspectives professionnelles.

Le nouveau programme 2026-2030, près de 2 870 milliards de FCFA annoncés

Le gouvernement entend amplifier ses interventions avec le Programme jeunesse 2026-2030, adopté en août 2026. Son coût prévisionnel atteint 2 869,4 milliards de FCFA, pour environ 5,3 millions de jeunes ciblés. Le dispositif prévoit notamment des actions de formation, d’insertion professionnelle, d’entrepreneuriat, d’accompagnement social et la construction ou la réhabilitation de 644 infrastructures destinées à la jeunesse. Ces montants représentent des prévisions pluriannuelles, et non des dépenses déjà exécutées. De même, les 5,3 millions de jeunes ciblés ne constituent pas 5,3 millions d’emplois promis ou créés. L’enjeu sera de mesurer les résultats de chaque composante, de contrôler l’utilisation des ressources et de publier des bilans comparables d’une année à l’autre.

Projet SIRA, 124 milliards de FCFA supplémentaires pour les compétences

Le 14 octobre 2026, le Conseil des ministres a adopté un décret ratifiant un prêt de 189,6 millions d’euros, soit environ 124,37 milliards de FCFA, accordé par l’Association internationale de développement pour la première phase du projet Compétences pour l’innovation, la résilience et les aspirations (SIRA). Ce financement doit notamment contribuer à la modernisation de l’information sur le marché du travail, au développement des équipements de formation et à l’élargissement des possibilités de stages et d’apprentissage. Cette initiative peut contribuer à réduire le décalage entre les compétences enseignées et les besoins des entreprises. Mais elle pose une question supplémentaire : comment vérifier que les formations financées débouchent effectivement sur des emplois ? Il conviendra également de préciser l’articulation financière du projet SIRA avec les autres programmes gouvernementaux, afin d’éviter tout double comptage des financements.

Trois réformes pour mesurer les résultats réels

La première consisterait à publier un bilan annuel distinguant les jeunes sensibilisés, formés, placés en stage, recrutés et durablement insérés. Chaque catégorie devrait être accompagnée d’indicateurs vérifiables, sans additionner plusieurs fois les mêmes bénéficiaires.La deuxième serait d’instaurer un suivi des bénéficiaires à six, douze et vingt-quatre mois. Ce mécanisme permettrait d’évaluer les revenus, la stabilité professionnelle et la survie des entreprises créées grâce aux financements publics.La troisième viserait à renforcer les partenariats avec les entreprises, en orientant davantage les formations vers les compétences recherchées dans l’industrie, l’agriculture, le numérique, le bâtiment, le transport et la logistique.

Des milliards annoncés, des résultats à rendre visibles

Les programmes publics d’emploi et d’insertion constituent un effort financier important. Les formations, les stages et les financements entrepreneuriaux peuvent améliorer les perspectives professionnelles de nombreux jeunes. Leur utilité ne saurait être écartée au seul motif qu’ils ne débouchent pas immédiatement sur un contrat permanent. Mais l’ampleur des moyens mobilisés impose une évaluation transparente de leurs effets à moyen et long terme. Le véritable indicateur de réussite ne devrait pas être seulement le nombre de jeunes inscrits sur une plateforme, photographiés lors d’une cérémonie ou déclarés bénéficiaires d’un programme. Il devrait être aussi le nombre de ceux qui, plusieurs mois après leur accompagnement, disposent d’une activité stable et d’un revenu leur permettant de vivre dignement. La Côte d’Ivoire ne manque ni d’ambitions pour sa jeunesse ni de programmes destinés à faciliter son insertion. Le défi consiste désormais à démontrer, chiffres à l’appui, que les ressources mobilisées produisent des résultats durables. Car la jeunesse ivoirienne n’attend pas seulement des opportunités annoncées. Elle attend des perspectives concrètes, des revenus et un avenir professionnel.

Jean Baptiste Angaman

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