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Actualité · Article· Mardi 20 octobre 2026· 8 min de lecture· 49 vues

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FILETS SOCIAUX, 171 MILLIARDS DE FCFA ANNONCÉS, MAIS COMBIEN DE FAMILLES RÉELLEMENT SORTIES DE LA PAUVRETÉ ?

527 000 ménages accompagnés, 227 000 arrivés au terme de leur assistance et des milliards de FCFA mobilisés. Derrière les bilans officiels, une question s’impose à Myss Belmonde Dogo. Où sont les preuves d’une sortie durable de la pauvreté ?

JRPar Joel Rabbi · Actualité
FILETS SOCIAUX, 171 MILLIARDS DE FCFA ANNONCÉS, MAIS COMBIEN DE FAMILLES RÉELLEMENT SORTIES DE LA PAUVRETÉ ?

Les milliards s’accumulent dans les bilans. Mais la pauvreté, elle, ne disparaît pas d’un trait de plume. En Côte d’Ivoire, le programme des filets sociaux productifs revendique 171 milliards de FCFA redistribués selon un bilan annoncé en juillet 2025 et 527 000 ménages accompagnés depuis son lancement. Sur ce total, 227 000 familles ont achevé leur cycle d’assistance. Ont-elles pour autant quitté la précarité ? Rien, dans ces seuls chiffres, ne permet de l’affirmer. Alors que plus de dix millions d’Ivoiriens vivraient encore sous le seuil national de pauvreté, la ministre Myss Belmonde Dogo fait face à une exigence majeure. Démontrer que les ressources mobilisées ont permis aux familles de construire une véritable autonomie économique, au-delà des trois années d’allocations. Selon des estimations économiques publiées en 2026, le taux national de pauvreté serait passé de 37,5 % en 2021 à environ 31,7 % en 2025. Malgré cette diminution, la pauvreté demeure une réalité quotidienne pour des millions de familles.

527 000 ménages accompagnés, mais combien devenus autonomes ?

Expérimenté en 2016 auprès de 5 000 ménages, puis progressivement étendu à partir de 2017, le programme des filets sociaux productifs est devenu l’un des principaux instruments de protection des populations vulnérables. Au 31 décembre 2024, il avait touché 457 000 ménages dans les 31 régions du pays. Parmi eux, 230 000 percevaient encore des transferts monétaires, tandis que 227 000 avaient achevé leur cycle d’accompagnement. En juillet 2025, le cumul atteignait 527 000 ménages, dont 300 000 bénéficiaires actifs. La progression de 70 000 ménages entre les deux bilans traduit l’élargissement du dispositif. Ces chiffres sont cohérents sur le plan chronologique. Leur interprétation appelle toutefois une précision fondamentale. Les 227 000 ménages ayant terminé leur cycle ne peuvent être automatiquement considérés comme définitivement sortis de la pauvreté. Quitter un programme d’assistance ne signifie pas nécessairement avoir conquis son indépendance économique.

36 000 FCFA par trimestre, un soutien utile mais limité

Le dispositif prévoit une allocation de 36 000 FCFA tous les trois mois pendant trois ans, soit l’équivalent de 12 000 FCFA mensuels.Sur l’ensemble du cycle, un ménage peut percevoir 432 000 FCFA. Une subvention complémentaire de sortie de 72 000 FCFA peut porter le soutien monétaire total à 504 000 FCFA pour les bénéficiaires concernés. Pour une famille de six personnes, l’allocation trimestrielle représente environ 2 000 FCFA par personne et par mois. Cette aide peut soulager les dépenses essentielles, sans constituer un revenu suffisant pour couvrir durablement l’ensemble des besoins familiaux. L’efficacité du dispositif dépend donc également de l’accompagnement économique et des activités génératrices de revenus. Une allocation peut atténuer la pauvreté. Mais seule une autonomie économique durable permet de réduire la dépendance à l’assistance. De 156 milliards à fin 2024 à 171 milliards annoncés en juillet 2025, une chronologie financière à éclaircir Depuis le lancement du programme des filets sociaux productifs, plusieurs montants financiers ont été rendus publics. Leur compréhension exige de distinguer les périodes couvertes et la nature des dépenses. Le premier bilan de référence concerne les opérations réalisées entre 2017 et le 31 décembre 2024. Présenté par le gouvernement le 12 mars 2025, il fait état de 155,9 milliards de FCFA redistribués aux bénéficiaires, arrondis à 156 milliards. Ce total comprend 141,3 milliards de transferts monétaires directs et 14,6 milliards de subventions de sortie. Le 1er juillet 2025, le coordonnateur du programme annonce un montant cumulé de 171 milliards de FCFA. Ce chiffre est repris le 24 juillet par la ministre Myss Belmonde Dogo. L’écart d’environ 15 milliards par rapport au bilan arrêté à fin 2024 pourrait correspondre aux nouveaux versements intervenus en 2025. Cependant, la ventilation précise de cette augmentation n’est pas établie dans les informations disponibles. Un troisième montant soulève une question de comparabilité. Dans un rapport publié en 2026, le Fonds monétaire international mentionne 155,8 milliards de FCFA de transferts monétaires cumulés à fin décembre 2025. Ce chiffre, inférieur aux 171 milliards annoncés en juillet 2025, pourrait relever d’une définition comptable différente. Faute de précisions suffisantes, il serait imprudent d’en tirer une conclusion sur la gestion financière du programme. La question n’est donc pas d’additionner tous les milliards annoncés, mais de savoir combien ont effectivement été versés, à quelles dates, pour quelles prestations et à combien de ménages. Une publication annuelle consolidée, distinguant les transferts directs, les subventions de sortie, les autres dépenses et les financements mobilisés, permettrait de lever les ambiguïtés.

Les 7,2 milliards annoncés en avril 2026 et les financements extérieurs

En avril 2026, le gouvernement a lancé une opération de subventions complémentaires de sortie destinée à 100 000 ménages arrivés en fin de cycle. À raison de 72 000 FCFA par ménage, l’enveloppe annoncée atteint 7,2 milliards de FCFA. Cette opération doit être distinguée des bilans financiers antérieurs. Sans tableau détaillé des paiements, il serait imprudent d’ajouter automatiquement cette enveloppe aux montants cumulés déjà communiqués. À cela s’ajoute un financement de 200 millions de dollars accordé en 2022 par la Banque mondiale pour renforcer le système national des filets sociaux. Ce financement couvre un champ plus large que les seules allocations versées aux ménages. Il ne peut donc être assimilé intégralement à des transferts monétaires directs.

Qui bénéficie réellement des filets sociaux ?

Le programme cible les ménages en situation d’extrême pauvreté à partir d’enquêtes socio-économiques et de mécanismes de validation communautaire. Sur les 457 000 ménages couverts entre 2017 et décembre 2024, environ 268 724 résidaient en milieu rural et 188 276 en milieu urbain, soit respectivement 59 % et 41 %. Les femmes occupent une place importante dans le dispositif. Les données disponibles indiquent que 65 % des bénéficiaires directs sont des femmes et que plus de 263 000 d’entre elles avaient reçu des transferts numériques à fin 2025. Ces orientations témoignent d’une attention particulière aux femmes et aux populations rurales. Mais une question demeure. Comment s’assurer que les ménages les plus démunis sont effectivement sélectionnés et que ceux qui restent exclus disposent de possibilités de recours ? Le Registre social unique rassemble des informations sur environ 1,5 million de ménages. Ce chiffre ne doit pas être confondu avec les 527 000 bénéficiaires cumulés des filets sociaux, puisque l’inscription au registre ne garantit pas l’éligibilité au programme. La publication régulière des critères de sélection, des statistiques territoriales et des résultats des recours permettrait de mieux apprécier l’équité du ciblage. Une politique destinée aux plus vulnérables doit pouvoir expliquer non seulement qui elle aide, mais aussi pourquoi certaines familles restent en dehors du dispositif. Des résultats encourageants, mais une sortie durable de pauvreté encore à démontrer

Les évaluations présentées par le programme font apparaître plusieurs améliorations.

Une enquête portant sur une première cohorte de 35 000 ménages indiquait notamment que 78 % des répondants déclaraient une amélioration de leurs conditions de vie et que 87 % estimaient être sortis de la précarité. En juillet 2025, Belmonde Dogo avançait également un taux de 80 % de ménages sortis de la pauvreté. Ces pourcentages ne portent pas nécessairement sur les mêmes populations ni sur les mêmes méthodes d’évaluation. Ils ne peuvent donc être directement comparés ou appliqués à l’ensemble des 527 000 ménages accompagnés. Surtout, une amélioration déclarée du niveau de vie ne constitue pas automatiquement une sortie durable de la pauvreté au sens statistique. Pour apprécier l’impact réel du programme, il faudrait mesurer les revenus des ménages avant et après les transferts, la rentabilité de leurs activités et leur situation plusieurs années après la fin des allocations. Le véritable indicateur de réussite n’est pas seulement l’amélioration observée pendant l’assistance, mais la capacité des familles à préserver leurs acquis lorsqu’elle prend fin.

8,4 milliards d’épargne, le pari de l’autonomisation

Le développement des Associations de valorisation de l’entraide communautaire, les AVEC, constitue l’un des résultats encourageants du dispositif. Leur nombre serait passé de 311 en 2021 à 7 629 en mars 2026, avec une épargne cumulée annoncée de 8,4 milliards de FCFA. Ces associations permettent aux bénéficiaires de constituer une épargne collective, d’accéder à de petits crédits et de financer des activités commerciales, agricoles ou artisanales. À Amangoua-Koi, sept groupements réunissant 230 membres avaient mobilisé plus de 20 millions de FCFA d’épargne et accordé 18 millions de crédits en 2025.

Ces expériences illustrent le potentiel de l’accompagnement économique. Leur efficacité durable dépend toutefois du remboursement des prêts, de la rentabilité des activités et de l’évolution réelle des revenus. Créer une activité est une avancée. Lui permettre de survivre, de grandir et de nourrir durablement une famille constitue le véritable résultat.

Les objectifs de 2030 à l’épreuve des résultats

Le gouvernement prévoit d’atteindre 727 000 ménages bénéficiaires cumulés en 2028, puis 827 000 en 2030. Cela représenterait 300 000 ménages supplémentaires par rapport au cumul annoncé en juillet 2025. L’ambition est importante. Mais son efficacité dépendra autant de la qualité du ciblage que du suivi des anciens bénéficiaires. L’extension quantitative ne doit pas masquer les difficultés éventuelles des ménages ayant terminé leur accompagnement.

Trois exigences pour Belmonde Dogo et le gouvernement

La première concerne la clarification financière. Un bilan consolidé devrait distinguer les transferts directs, les subventions de sortie, les autres dépenses et les financements mobilisés, afin d’expliquer les différences entre les montants annoncés. La deuxième porte sur l’équité du ciblage. La publication des critères d’éligibilité, des statistiques régionales, des exclusions et des recours permettrait de mieux apprécier l’accès des populations vulnérables au programme. La troisième concerne l’évaluation indépendante. Un suivi des ménages six mois, un an et trois ans après leur sortie permettrait de mesurer leur autonomie économique et les risques de retour à la pauvreté. Ces exigences ne remettent pas en cause l’utilité des filets sociaux. Elles visent à renforcer la crédibilité d’une politique publique financée par des ressources importantes.

Belmonde Dogo face à la vérité des résultats

Le programme des filets sociaux productifs a enregistré des avancées en matière de couverture, d’accompagnement des femmes et de développement de l’épargne communautaire. Il serait injuste de les ignorer. Il serait également prématuré d’en conclure que la pauvreté a été durablement vaincue parmi les ménages accompagnés. Myss Belmonde Dogo assure aujourd’hui la responsabilité politique d’un dispositif engagé avant son arrivée à la tête du ministère. Son bilan doit donc être apprécié à travers la continuité des actions, les améliorations apportées et les résultats effectivement obtenus sous sa supervision. La Côte d’Ivoire a mobilisé des moyens importants. Mais l’ampleur des ressources engagées appelle une exigence proportionnelle d’évaluation. La lutte contre la pauvreté ne se gagne pas dans les tableaux statistiques. Elle se vérifie dans les foyers où les familles peuvent enfin vivre de leur travail, sans attendre le prochain transfert monétaire. Au fond, la question n’est pas de nier les effets positifs des filets sociaux. Les résultats disponibles indiquent qu’ils ont contribué à améliorer les conditions de vie de nombreux ménages.

La véritable interrogation concerne leur impact durable.

Sur les 527 000 ménages accompagnés, combien disposent aujourd’hui de revenus suffisants pour vivre dignement sans assistance ? C’est à cette question que Belmonde Dogo et son ministère devront apporter une réponse précise, documentée et vérifiable.Car une politique sociale ne doit pas seulement démontrer combien elle a dépensé pour combattre la pauvreté. Elle doit surtout prouver combien de familles elle a durablement aidées à en sortir.

Karim Bamba

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527 000 ménages accompagnés, 227 000 arrivés au terme de leur assistance et des milliards de FCFA mobilisés. Derrière les bilans officiels, une question s’impose à Myss Belmonde Dogo. Où sont les preuves d’une sortie durable de la pauvreté ?

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