MACKY SALL SE RETIRE DE LA COURSE À L’ONU :ET SI L’AFRIQUE APPRENAIT ENFIN À QUITTER LE POUVOIR ?
MES 3 RACINES DE BAOBAB : Quand l’élégance internationale interroge les pratiques politiques africaines, l’après-pouvoir et la nécessité de créer des richesses plutôt que de s’accrocher aux fonctions publiques.
Le retrait annoncé de Macky Sall de la course au secrétariat général des Nations unies, ce 17 octobre 2026, dépasse largement le destin diplomatique d’un ancien président sénégalais. Il soulève une interrogation fondamentale sur notre continent. Pourquoi certains dirigeants africains savent-ils reconnaître les règles du jeu et accepter un rapport de forces défavorable sur la scène internationale, alors que l’alternance politique demeure parfois si difficile dans leurs propres pays ? Pourquoi est-il plus facile de renoncer à une ambition internationale que de transmettre sereinement le pouvoir à une nouvelle génération ? Cette interrogation ne constitue pas un procès personnel contre Macky Sall. Elle invite plutôt à une réflexion collective sur notre rapport au pouvoir, à la réussite et à la transmission. Car le véritable drame de certaines démocraties africaines n’est pas seulement la conquête du pouvoir. C’est l’incapacité à imaginer une vie après lui.
PREMIÈRE RACINE DU BAOBAB — POURQUOI RESPECTER LES RÈGLES À L’ONU ET LES CONTESTER CHEZ SOI ?
La décision de Macky Sall intervient après un scrutin informel au Conseil de sécurité des Nations unies qui lui était défavorable. L’ancien président sénégalais a choisi de retirer sa candidature plutôt que de prolonger une compétition dont les perspectives de succès apparaissaient limitées. Une décision diplomatiquement compréhensible, qui mérite néanmoins d’alimenter un débat plus vaste.
Pourquoi l’acceptation des règles internationales paraît-elle parfois plus naturelle que le respect des mécanismes d’alternance nationale ? Pourquoi les constitutions deviennent-elles, dans certains pays, des textes que l’on interprète selon les intérêts du moment ? Pourquoi les élections, censées permettre aux peuples de choisir librement leurs dirigeants, se transforment-elles encore trop souvent en épreuves de force ? Soyons clairs. L’Afrique n’est pas condamnée à cette contradiction. Plusieurs nations africaines ont démontré que l’alternance pacifique était possible. Mais trop de crises politiques continuent de naître de la personnalisation excessive du pouvoir, de la faiblesse des institutions et de la peur de perdre les privilèges attachés aux fonctions publiques. Le problème commence lorsque le président se confond avec l’État, lorsque le parti se confond avec la République et lorsque la fidélité à un homme devient plus importante que le respect des institutions. Un dirigeant qui accepte de perdre à l’international devrait pouvoir accepter de transmettre le pouvoir chez lui. La démocratie ne peut être une vertu diplomatique à l’étranger et une contrainte négociable à domicile. Il faut néanmoins distinguer les situations. Une candidature internationale et une élection présidentielle ne répondent pas aux mêmes mécanismes. Mais elles posent une exigence commune, celle de reconnaître des règles qui ne doivent pas dépendre exclusivement de la volonté d’un individu. La grandeur d’un homme d’État ne se mesure pas seulement à sa capacité à accéder au sommet. Elle se mesure aussi à sa capacité à en redescendre sans entraîner son pays dans la tourmente.
DEUXIÈME RACINE DU BAOBAB — APRÈS LA PRÉSIDENCE, IL RESTE MILLE VIES À VIVRE
Pourquoi certains responsables politiques se comportent-ils comme si la fin de leurs fonctions annonçait la fin de leur existence ? Pourquoi l’ancien président devrait-il nécessairement redevenir président, chef de parti, candidat permanent ou arbitre incontournable de la vie nationale ? Un homme qui a dirigé un pays possède une expérience exceptionnelle. Il a négocié avec des chefs d’État, traversé des crises, administré des institutions, rencontré des investisseurs et représenté son peuple dans les grandes enceintes internationales.
Pourquoi cette expérience devrait-elle être enfermée dans la seule ambition de retrouver le pouvoir ? Un ancien président peut écrire, enseigner, entreprendre, conseiller, transmettre, participer à des médiations internationales ou accompagner de jeunes générations. Il peut créer une fondation, soutenir l’éducation, financer la recherche, promouvoir la paix ou contribuer à la transformation économique de son continent. L’Afrique a besoin de la sagesse de ses anciens dirigeants. Elle n’a pas besoin que chacun d’eux demeure éternellement candidat à quelque chose. Il faut également rompre avec une conception dangereuse de la vie publique, celle qui fait du pouvoir une assurance contre l’oubli, la pauvreté ou les poursuites judiciaires. Un ancien dirigeant doit bénéficier de la protection de ses droits, mais il doit aussi rester soumis aux lois de la République. La présidence est une fonction temporaire. Elle ne doit jamais devenir une identité permanente. Le véritable héritage d’un chef d’État ne réside pas dans le nombre de ses portraits encore accrochés aux murs des administrations. Il réside dans les institutions qu’il a consolidées, les générations qu’il a préparées et la paix qu’il a préservée. Un président qui quitte le pouvoir n’a pas nécessairement perdu sa place dans l’histoire. Il peut, au contraire, commencer à écrire sa plus belle page.
TROISIÈME RACINE DU BAOBAB — CRÉER SON ENTREPRISE PLUTÔT QUE CHERCHER ÉTERNELLEMENT À DIRIGER LES AUTRES Je défends depuis longtemps une conviction profonde. L’Afrique doit réhabiliter la création d’entreprises comme une voie majeure de réussite, de responsabilité et de transmission. Pourquoi tant de talents consacrent-ils leur énergie à conquérir des postes politiques plutôt qu’à construire des entreprises capables de survivre à leurs fondateurs ? Pourquoi la réussite sociale devrait-elle nécessairement passer par un ministère, une direction générale, un parlement ou une présidence ?
Un entrepreneur qui crée une industrie, développe une entreprise agricole, investit dans la technologie ou organise une chaîne logistique peut transformer durablement la vie de milliers de personnes. Il crée des emplois, contribue aux recettes publiques, développe des compétences et participe à la souveraineté économique de son pays. Surtout, il peut bâtir un patrimoine transmissible dans le respect du droit. La distinction est fondamentale. Une entreprise privée peut se transmettre à ses enfants. Une République, jamais. Un chef d’État n’est pas propriétaire de son pays. Il n’en détient ni les terres, ni les institutions, ni le destin collectif. Il reçoit temporairement un mandat du peuple, auquel il doit rendre compte. L’entrepreneuriat ne constitue évidemment pas une garantie absolue de réussite ou de tranquillité. Il comporte des risques, des responsabilités et des difficultés. Mais il offre une autre manière de bâtir, d’innover et de laisser un héritage. C’est pourquoi je plaide pour une Afrique où les jeunes rêvent autant de créer des entreprises que de devenir ministres, députés ou présidents. Une Afrique où l’on célèbre davantage celui qui crée mille emplois que celui qui obtient un portefeuille ministériel. Une Afrique où l’influence se construit aussi par la connaissance, l’innovation, l’investissement et la contribution à la société. Nous devons apprendre à créer des richesses plutôt qu’à considérer le pouvoir politique comme la principale source de réussite économique.
LE VÉRITABLE DÉFI AFRICAIN — TRANSMETTRE LA RÉPUBLIQUE, PAS LE POUVOIR À SES HÉRITIERS
Au-delà du cas Macky Sall, notre continent doit engager une transformation profonde de sa culture politique.
Nous devons construire des institutions suffisamment solides pour fonctionner sans dépendre d’un homme providentiel. Nous devons garantir des élections crédibles, une justice indépendante et des alternances qui ne deviennent pas des règlements de comptes. Nous devons également préparer les dirigeants à l’après-pouvoir, afin que quitter une fonction ne soit plus vécu comme une catastrophe personnelle ou une disparition sociale. Enfin, nous devons encourager une nouvelle génération d’entrepreneurs, de chercheurs, d’enseignants et de bâtisseurs capables de faire progresser l’Afrique sans nécessairement rechercher une fonction politique. Car une nation ne devient pas grande parce qu’un homme la dirige pendant plusieurs décennies. Elle devient grande lorsque ses institutions demeurent fortes, même après le départ de ses dirigeants les plus influents. Le pouvoir politique doit rester un service rendu à la nation, non un patrimoine à conserver ou à transmettre à sa descendance.
CONCLUSION — LE POUVOIR PASSE, L’ŒUVRE DEMEURE
Le retrait de Macky Sall de la course au secrétariat général de l’ONU nous offre une occasion de réfléchir à une question essentielle. Que voulons-nous laisser après notre passage aux responsabilités ? Des constitutions modifiées au gré des ambitions ? Des institutions affaiblies ? Des peuples divisés par des successions interminables ? Ou des nations capables de poursuivre leur marche, quels que soient les hommes qui les gouvernent ? Je crois profondément que l’Afrique entrera dans une nouvelle étape de son histoire lorsque ses dirigeants comprendront trois vérités fondamentales. La première est que le pouvoir n’appartient à personne. La deuxième est que la vie ne s’arrête pas lorsqu’on quitte le pouvoir. La troisième est que créer de la richesse et transmettre un savoir peuvent constituer un héritage bien plus durable que conserver une fonction politique. Nos enfants n’ont pas besoin d’hériter de nos fauteuils présidentiels. Ils ont besoin d’hériter de pays stables, d’institutions crédibles, d’écoles performantes, d’entreprises prospères et de sociétés réconciliées. Et si nous voulons véritablement bâtir l’Afrique de demain, cessons de former uniquement des hommes qui rêvent de gouverner. Formons aussi des femmes et des hommes capables de produire, d’innover, de transmettre et de servir. Car le plus grand échec d’un dirigeant n’est pas de perdre le pouvoir. C’est de laisser derrière lui un pays qui ne sait plus fonctionner sans lui. Et sa plus grande victoire n’est pas de demeurer indispensable. C’est de rendre son pays capable de se passer de lui.
Dr Tete Samuel Mathey Libre penseur
le225hebdo.com
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Par Joel Rabbi
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