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Actualité · Article· Mercredi 21 octobre 2026· 8 min de lecture· 79 vues

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POISSON HORS DE PRIX À ABOBO : 1 049 MILLIARDS PROGRAMMÉS, 2 300 MILLIARDS ANNONCÉS, SIDI TOURÉ INTERPELLÉ SUR LE BILAN

La révolte des vendeuses de poisson d’Abobo remet au premier plan les résultats de la politique ivoirienne de souveraineté alimentaire. Alors que le pays demeure fortement dépendant des importations, une nouvelle programmation de 2 300 milliards de FCFA d’investissements attendus succède à un premier programme évalué à 1 049 milliards. La question du bilan financier et productif devient incontournable.

JRPar Joel Rabbi · Actualité
POISSON HORS DE PRIX À ABOBO : 1 049 MILLIARDS PROGRAMMÉS, 2 300 MILLIARDS ANNONCÉS, SIDI TOURÉ INTERPELLÉ SUR LE BILAN

ABOBO, LUNDI 19 OCTOBRE 2026. Le poisson est devenu si cher que celles qui en vivent peinent désormais à en vivre. Dans cette commune populaire d’Abidjan, des vendeuses ont manifesté contre une flambée des prix qui menace leurs activités et fragilise le pouvoir d’achat des ménages. Selon les témoignages recueillis, le carton de chinchard serait passé de 20 000 à 35 000 FCFA, soit une hausse de 75 %. Une autre commerçante évoque un ancien tarif de 18 000 FCFA, ce qui représenterait une augmentation de 94,4 %. Ces prix, rapportés le 19 octobre 2026, restent à préciser selon les périodes, les fournisseurs et les conditionnements. La mobilisation a entraîné l’intervention des services du ministère du Commerce dans une poissonnerie d’Abobo. Des manquements relatifs aux pratiques tarifaires et à l’affichage des prix ont été relevés par les contrôleurs, qui ont convoqué l’établissement concerné. Mais derrière cette intervention ponctuelle se pose une question nationale. Comment garantir aux Ivoiriens un accès abordable au poisson et à la viande lorsque la production locale demeure insuffisante et que les circuits d’approvisionnement suscitent autant d’interrogations ? La situation interpelle notamment Sidi Tiémoko Touré, ministre des Ressources animales et halieutiques, chargé de conduire les politiques de développement de la pêche, de l’aquaculture et de l’élevage.

JANVIER 2022, LE GOUVERNEMENT ADOPTE UN PROGRAMME DE 1 049 MILLIARDS

Le 19 janvier 2022, le Conseil des ministres adopte la Politique nationale de développement de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture, PONADEPA 2022-2026. Son coût global prévisionnel est fixé à 1 049,443 milliards de FCFA.

Cette enveloppe doit financer plusieurs priorités, notamment l’amélioration de la productivité, le développement des filières animales et halieutiques, la modernisation des infrastructures et le renforcement de la gouvernance. Le programme affiche également une ambition de couverture d’environ 70 % des besoins de consommation en produits animaux et halieutiques à l’horizon 2025. Cet objectif global ne correspond pas au seul taux d’autosuffisance en poisson. Il concerne plusieurs filières dont les niveaux de production et les besoins diffèrent. Dès son adoption, la PONADEPA engage donc le gouvernement sur des objectifs économiques qui doivent pouvoir être évalués.

SEPTEMBRE 2023, LE SECTEUR PRIVÉ SOLLICITÉ POUR 60 % DU FINANCEMENT

Le 21 septembre 2023, Sidi Touré présente la PONADEPA aux opérateurs économiques, à l’occasion d’une rencontre organisée avec le secteur privé. Le ministre précise alors que 60 % du financement attendu doivent provenir des entreprises privées. Rapportée au coût prévisionnel de 1 049,443 milliards de FCFA, cette proportion représente environ 629,7 milliards de FCFA attendus du secteur privé. Les 40 % restants correspondent à environ 419,8 milliards de FCFA de financements à rechercher auprès des autres sources prévues. Il s’agit d’une répartition théorique des besoins de financement, et non de montants dont la mobilisation effective serait établie. Trois ans après cette présentation, la question financière demeure essentielle. Quelle part des 629,7 milliards attendus du privé a réellement été mobilisée ? Quels financements publics ont été engagés ? Combien a-t-on effectivement décaissé ? Sans une ventilation précise, il est impossible de déterminer si les éventuels retards proviennent d’une insuffisance de financement, de difficultés d’exécution ou d’autres contraintes techniques.

2024, PLUS DE 500 MILLIARDS DE FCFA CONSACRÉS AUX IMPORTATIONS DE POISSON

Les statistiques de référence pour 2024 montrent l’ampleur de la dépendance ivoirienne.Selon des données communiquées en septembre 2026, les importations de produits halieutiques ont dépassé 734 000 tonnes en 2024, pour une valeur estimée à 521 milliards de FCFA. Une autre communication de la FAO, publiée en avril 2026 à partir de statistiques de 2024, évoque une demande annuelle de 736 000 tonnes, une production nationale couvrant 12 % des besoins et des importations estimées à 646 000 tonnes pour environ 520 milliards de FCFA. Ces séries présentent des différences de périmètre qui nécessitent une clarification statistique. Elles convergent néanmoins sur la forte dépendance du pays aux approvisionnements extérieurs. Les 521 milliards de FCFA correspondent à une valeur d’importations commerciales en 2024. Ils ne constituent ni une dépense budgétaire de l’État ni un financement de la PONADEPA. Ils révèlent cependant l’importance économique d’une filière dont l’approvisionnement demeure largement tributaire des marchés internationaux.

FÉVRIER 2026, UNE NOUVELLE PROGRAMMATION DE 2 300 MILLIARDS

Alors que la PONADEPA 2022-2026 entre dans sa dernière année, le ministère prépare une nouvelle politique pour la période 2026-2030. Le 6 février 2026, un atelier associant les autorités préfectorales est organisé dans le cadre de son élaboration. Selon la communication du ministère, un bilan de la première phase y est présenté. Le 26 février 2026, au Salon international de l’agriculture de Paris, Sidi Touré expose les ambitions de la deuxième génération de la PONADEPA. Le besoin d’investissements annoncé atteint 2 300 milliards de FCFA pour la période 2026-2030.Cette somme représente des investissements attendus, et non des financements intégralement obtenus ou des dépenses déjà réalisées. La succession des deux programmes, dont les calendriers se chevauchent en 2026, appelle toutefois une clarification. Quels projets du premier programme ont été achevés ? Quels engagements financiers restent en cours ? Quelles opérations sont reprises dans la nouvelle programmation ? Le ministère affirme avoir réalisé un bilan de la première phase. Sa publication détaillée, accompagnée des données financières et des résultats physiques, permettrait au public d’en apprécier la portée.

AVRIL ET SEPTEMBRE 2026, LES CHIFFRES DE L’AQUACULTURE INTERROGENT

Les objectifs de production aquacole ont connu plusieurs évolutions. La programmation initiale de la PONADEPA envisageait une production de 150 000 tonnes à l’horizon 2026, à partir d’une base de référence de 4 500 tonnes. En février 2023, la FAO évoquait une production comprise entre 8 000 et 10 000 tonnes et une perspective de 60 000 tonnes pour 2026. Le 29 avril 2026, l’organisation présentait un objectif de 150 000 tonnes à l’horizon 2030.Le 14 septembre 2026, elle indiquait que l’aquaculture ivoirienne regroupait plus de 4 500 acteurs pour une production annuelle estimée à 15 000 tonnes, avec une croissance annuelle moyenne supérieure à 17 % depuis 2019. Ces données correspondent à des documents et à des horizons différents. Elles ne doivent donc pas être confondues avec un bilan définitif de l’année 2026.Elles montrent néanmoins que la production aquacole estimée reste éloignée des ambitions annoncées. Une autre précision s’impose. Les 15 000 tonnes concernent l’aquaculture et non l’ensemble de la production halieutique nationale, qui comprend également les activités de pêche.Le ministère doit donc pouvoir expliquer l’évolution des objectifs, les résultats effectivement atteints et les obstacles qui freinent l’augmentation de la production.

OCTOBRE 2026, LA COLÈRE D’ABOBO RÉVÈLE LES FRAGILITÉS DE LA DISTRIBUTION

La protestation du 19 octobre 2026 intervient dans ce contexte de dépendance persistante.Certaines commerçantes dénoncent leur dépendance envers des grossistes qu’elles identifient comme libanais. Elles estiment que cette situation limite leur capacité de négociation. Ces griefs doivent être examinés sans confusion entre nationalité et pratiques commerciales. L’origine des opérateurs ne démontre ni l’existence d’un monopole ni celle d’une entente anticoncurrentielle. Le véritable enjeu est de déterminer si certaines entreprises disposent d’un pouvoir économique important dans l’importation, le stockage frigorifique et la distribution du poisson. Combien d’opérateurs assurent les principaux volumes importés ? Quelles parts de marché détiennent-ils ? Les revendeuses disposent-elles de fournisseurs alternatifs ? Comment se forment les prix entre le port et les marchés ? L’enquête administrative ouverte à Abobo constitue une réponse immédiate à des pratiques tarifaires contestées. Mais une analyse économique plus large serait nécessaire pour apprécier le fonctionnement de l’ensemble de la filière.

LE BILAN FINANCIER DE LA PONADEPA DOIT ÊTRE RENDU PUBLIC

À l’approche de la fin de 2026, la question n’est pas de présumer une mauvaise utilisation des fonds. Aucun élément présenté ici ne permet d’affirmer que les montants programmés ont été détournés ou irrégulièrement dépensés.

L’enjeu est de rendre accessibles les informations permettant d’évaluer la politique publique. Un bilan complet devrait distinguer les financements prévus en 2022, les engagements obtenus depuis 2022, les décaissements réellement effectués, les projets achevés et les résultats constatés. Il devrait également préciser les volumes de production supplémentaires, les emplois créés, les infrastructures opérationnelles et l’évolution du taux de couverture des besoins nationaux. Les 1 049 milliards prévus pour 2022-2026 ne peuvent être présentés comme une dépense réalisée. Mais leur caractère prévisionnel ne saurait empêcher de demander ce qui a effectivement été financé et produit. Cette exigence devient d’autant plus importante qu’une nouvelle programmation de 2 300 milliards de FCFA d’investissements attendus a été annoncée pour 2026-2030.

TROIS MESURES POUR RÉPONDRE AUX COMMERÇANTES ET AUX CONSOMMATEURS

La première consiste à publier le bilan financier et opérationnel de la PONADEPA 2022-2026, en distinguant clairement les engagements, les financements mobilisés, les dépenses exécutées et les résultats obtenus. La deuxième porte sur un audit concurrentiel de la filière du poisson congelé. Celui-ci devrait examiner la concentration des importations, les conditions d’accès aux infrastructures frigorifiques et la formation des prix. La troisième vise à renforcer l’autonomie économique des femmes commerçantes, notamment à travers des centrales d’achat coopératives, des financements adaptés et des capacités de stockage mutualisées. Ces mesures permettraient de relier les ambitions nationales aux difficultés concrètes des marchés.

AVANT LES MILLIARDS DE DEMAIN, LES RÉSULTATS D’HIER

La colère des femmes d’Abobo ne suffit pas à établir le bilan de toute la politique halieutique ivoirienne. Mais elle révèle une difficulté essentielle, celle de rendre les produits alimentaires accessibles malgré la dépendance aux importations. La Côte d’Ivoire a engagé depuis 2022 une politique ambitieuse de développement de ses ressources animales et halieutiques. En 2026, une nouvelle génération de programmes se prépare, avec des besoins financiers encore plus importants.

Cette continuité appelle une évaluation rigoureuse.

En 2022, 1 049 milliards de FCFA étaient programmés. En 2023, le secteur privé était sollicité pour 60 % du financement. En 2024, les importations de poisson représentaient environ 521 milliards de FCFA. En février 2026, une nouvelle programmation de 2 300 milliards était présentée. En septembre 2026, la production aquacole annuelle était estimée à 15 000 tonnes. Et le 19 octobre, les femmes d’Abobo protestaient contre le prix du poisson. Ces chiffres ne mesurent pas tous la même chose. Mais leur succession impose une interrogation légitime sur les résultats de la politique publique. Sidi Tiémoko Touré et les autorités concernées disposent désormais de l’occasion de présenter un bilan documenté, permettant de distinguer les avancées réelles, les difficultés persistantes et les investissements encore nécessaires. Car au-delà des milliards programmés, des tonnes projetées et des conférences internationales, les attentes demeurent simples. Les commerçantes veulent vivre dignement de leur activité et les ménages souhaitent accéder au poisson et à la viande à des prix supportables. Avant de célébrer les investissements de demain, il faut rendre lisibles les résultats d’hier. La souveraineté alimentaire ne se mesure pas seulement dans les budgets prévisionnels. Elle doit aussi se constater sur les marchés et dans les assiettes des familles ivoiriennes.

Karim Bamba

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La révolte des vendeuses de poisson d’Abobo remet au premier plan les résultats de la politique ivoirienne de souveraineté alimentaire. Alors que le pays demeure fortement dépendant des importations, une nouvelle programmation de 2 300 milliards de FCFA d’investissements attendus succède à un premier programme évalué à 1 049 milliards. La question du bilan financier et productif devient incontournable.

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