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Actualité · Article· Samedi 17 octobre 2026· 3 min de lecture· 18 vues

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PROJET SIRA :124 MILLIARDS DE FCFA EMPRUNTÉS POUR LES JEUNES, QUI REMBOURSERA SI LES EMPLOIS NE SUIVENT PAS ?

Plus de 900 000 jeunes ciblés, un emprunt de 124,4 milliards de FCFA et une promesse d’insertion professionnelle. Mais la dette publique sera-t-elle accompagnée de résultats à la hauteur des ambitions affichées ?

JRPar Joel Rabbi · Actualité
PROJET SIRA  :124 MILLIARDS DE FCFA EMPRUNTÉS POUR LES JEUNES, QUI REMBOURSERA SI LES EMPLOIS NE SUIVENT PAS ?

La dette est certaine. Les emplois restent à créer. Avec le projet SIRA, la Côte d’Ivoire emprunte 124,4 milliards de FCFA pour améliorer les perspectives professionnelles de plus de 900 000 jeunes. Mais si les résultats ne suivent pas, qui paiera la facture ? Mamadou Touré et le gouvernement devront démontrer que cet emprunt financera de véritables débouchés, et non une nouvelle génération de jeunes formés, mais toujours sans emploi.

Le Conseil des ministres du 14 octobre 2026 a ratifié un accord de prêt de 189,6 millions d’euros, soit environ 124,4 milliards de FCFA, conclu avec l’Association internationale de développement, institution du Groupe de la Banque mondiale. Ce financement concerne la première phase du projet SIRA, consacré au développement des compétences et à l’insertion professionnelle.

Le programme vise plus de 900 000 jeunes à travers la modernisation des centres de formation, l’acquisition d’équipements pédagogiques et le développement des stages et apprentissages. Les secteurs concernés comprennent notamment l’agro-industrie, le bâtiment, les mines, l’énergie, le transport et le numérique.

Mais une distinction essentielle s’impose. 900 000 bénéficiaires ciblés ne signifient pas 900 000 emplois créés. Une formation, un stage et un recrutement durable constituent des résultats différents. Sans indicateurs précis, les statistiques de participation pourraient donner une image incomplète de l’efficacité du programme.

Le véritable point de controverse réside dans la nature du financement. Les 124,4 milliards de FCFA ne sont pas un don, mais une dette publique à rembourser. Même accordé à des conditions avantageuses, un emprunt engage les finances de l’État. Ses modalités de remboursement, ses éventuels intérêts et son calendrier de décaissement doivent donc être clairement expliqués.

L’enjeu dépasse la seule annonce budgétaire. Si les formations débouchent sur des emplois productifs et une amélioration des revenus, l’investissement pourra contribuer à renforcer l’économie. Dans le cas contraire, le pays conservera une obligation financière sans avoir pleinement atteint les objectifs sociaux recherchés.

Cette interrogation prend davantage de poids au regard des dispositifs précédents. Selon les bilans gouvernementaux, le Programme Jeunesse aurait touché 3,6 millions de jeunes à fin 2025, pour des investissements cumulés annoncés de 962,16 milliards de FCFA. Ces chiffres regroupent plusieurs catégories d’interventions, sans correspondre exclusivement à des emplois créés.

Dès lors, une question s’impose. Quels résultats durables les programmes antérieurs ont-ils produits et quelles améliorations concrètes SIRA apportera-t-il ? Une évaluation des dispositifs existants permettrait de mieux apprécier la pertinence des nouveaux financements et d’éviter les chevauchements.

La transparence dans l’utilisation des ressources sera également déterminante. Quelle part financera directement les formations ? Quels montants seront consacrés aux équipements, aux prestations et à l’administration du projet ? Selon quelles procédures les prestataires seront-ils sélectionnés ? Ces interrogations relèvent du contrôle normal d’un investissement financé par l’endettement public.

L’efficacité du programme dépendra aussi des débouchés professionnels. Former des milliers de jeunes sans associer suffisamment les entreprises risquerait d’accroître le nombre de personnes qualifiées toujours en recherche d’emploi. Le secteur privé devra donc contribuer à définir les compétences recherchées et à faciliter les recrutements.

Autre enjeu, l’équité territoriale. Les jeunes des régions de l’intérieur et des zones rurales devront bénéficier d’un accès effectif aux formations et aux opportunités professionnelles, au même titre que ceux des grands centres urbains.

Pour apprécier les résultats de SIRA, les autorités gagneraient à publier les conditions financières du prêt, les dépenses réalisées et les taux d’insertion des bénéficiaires. Un suivi à six, douze et vingt-quatre mois permettrait de mesurer la stabilité des emplois obtenus et l’évolution des revenus.

Mamadou Touré porte une responsabilité politique importante dans cette politique d’insertion, même si plusieurs institutions participent à sa mise en œuvre. Le débat ne consiste pas à contester systématiquement l’emprunt, mais à vérifier que son coût pour les finances publiques correspond à des bénéfices économiques et sociaux mesurables.

La question centrale est donc simple. La Côte d’Ivoire emprunte-t-elle pour financer une véritable transformation de l’emploi des jeunes ou pour renforcer un dispositif dont les résultats restent à démontrer ?

Avec SIRA, le gouvernement engage des ressources publiques futures sur la promesse d’une meilleure insertion professionnelle. Au terme du programme, les résultats devront être appréciés à travers les emplois obtenus, les revenus générés et les compétences réellement valorisées. Car le paradoxe serait lourd de conséquences. Emprunter aujourd’hui pour former les jeunes, sans leur ouvrir suffisamment de débouchés, et leur laisser demain une dette publique à rembourser.

Karim Bamba

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Plus de 900 000 jeunes ciblés, un emprunt de 124,4 milliards de FCFA et une promesse d’insertion professionnelle. Mais la dette publique sera-t-elle accompagnée de résultats à la hauteur des ambitions affichées ?

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