TESLA ROADSTER, LA VOITURE QUI VEUT DÉFIER LA GRAVITÉ : ET SI L’AFRIQUE REFUSAIT ENCORE DE PRENDRE LE VOL DE L’INNOVATION ?
Entre révolution technologique, souveraineté industrielle et dépolitisation de l’économie, trois racines de baobab pour interroger l’avenir du continent africain.

L’humanité s’apprête-t-elle à franchir une nouvelle frontière dans l’histoire de la mobilité pendant que l’Afrique continue de débattre de ses crises politiques ? Avec les ambitions affichées autour de la Tesla Roadster, Elon Musk ne se contente plus de vouloir révolutionner l’automobile. Il nourrit l’idée d’un véhicule capable de repousser les limites traditionnelles du déplacement. Pendant ce temps, une interrogation fondamentale s’impose au continent africain. Allons-nous encore acheter les inventions des autres ou décider enfin de produire celles qui transformeront le monde ? La nouvelle Tesla Roadster cristallise cette ambition technologique. Elon Musk a évoqué des capacités spectaculaires, allant jusqu’à suggérer qu’une technologie inspirée de SpaceX pourrait permettre au véhicule de réaliser des performances inédites, voire de décoller brièvement du sol. Une démonstration a été évoquée et une production en 2028 est annoncée dans la communication présentée. Toutefois, la capacité de vol reste une promesse à démontrer publiquement, et non une innovation déjà commercialisée. Mais au-delà du spectacle technologique, cette perspective soulève trois questions essentielles pour l’avenir de l’Afrique.
Première racine de baobab — Quand la technologie réinvente la mobilité, quels métiers préparons-nous ?
L’automobile de demain pourrait ne plus ressembler à celle d’aujourd’hui. Électrification, intelligence artificielle, conduite autonome, nouveaux matériaux et systèmes de propulsion transforment progressivement une industrie qui emploie des millions de personnes. Si des véhicules capables de décoller devaient un jour devenir une réalité commerciale, ils imposeraient de repenser les infrastructures, les assurances, la réglementation, la sécurité des passagers et la formation des professionnels. Derrière chaque révolution technologique naissent de nouveaux marchés. Des ingénieurs devront concevoir les systèmes, des techniciens assurer leur maintenance, des entreprises développer les logiciels et des autorités définir les règles de circulation.
La véritable question n’est donc pas de savoir si une voiture pourra voler, mais si nos universités préparent les jeunes Africains à concevoir les technologies qui feront voler les voitures. Nos systèmes éducatifs doivent cesser de former principalement des demandeurs d’emploi pour devenir des incubateurs de compétences, de créativité et d’entrepreneuriat. L’innovation ne doit plus être une curiosité importée, mais une ambition nationale et continentale.
Deuxième racine de baobab — L’Afrique, berceau de talents, mais éternelle consommatrice des inventions des autres ?
Elon Musk est né à Pretoria, en Afrique du Sud. Son parcours rappelle une contradiction douloureuse. Le continent possède des intelligences remarquables, une jeunesse entreprenante et d’importantes ressources naturelles. Pourtant, il peine encore à transformer suffisamment ces atouts en puissances industrielles et technologiques. L’Afrique fournit des matières premières indispensables aux batteries, aux véhicules électriques et aux équipements électroniques. Mais quelle part de la valeur ajoutée industrielle demeure réellement sur son territoire ? Nous exportons des ressources, puis importons à prix élevé des produits manufacturés issus de leur transformation. Nous célébrons les réussites de nos talents à l’étranger, sans toujours construire les conditions permettant à ceux qui restent de réussir chez eux. Un continent qui possède les ressources de la révolution technologique, mais ne maîtrise ni leur transformation ni les innovations qui en découlent, risque de demeurer dépendant. Il devient urgent de créer des pôles africains de recherche, de renforcer les partenariats entre universités et entreprises, de financer les jeunes inventeurs et de favoriser l’industrialisation locale. Pourquoi l’Afrique ne pourrait-elle pas concevoir ses propres véhicules électriques, ses drones agricoles, ses solutions de mobilité intelligente ou ses technologies énergétiques ? Ce qui manque n’est pas nécessairement le génie. Ce sont souvent les écosystèmes capables de transformer une idée en entreprise, une invention en industrie et un talent en réussite économique. Troisième racine de baobab — Dépolitiser l’économie pour libérer les intelligences africaines Le développement d’une nation ne peut dépendre exclusivement des appartenances politiques, des relations personnelles ou de la proximité avec les cercles du pouvoir.
Une économie durable doit reposer sur la compétence, le mérite, la concurrence loyale et la solidité des institutions. C’est tout le sens du principe de « compétence aveugle » que je défends. Une compétence qui ne regarde ni l’origine ethnique, ni la religion, ni l’appartenance politique, ni les relations familiales, mais uniquement la capacité à produire des résultats. Combien de jeunes entrepreneurs africains voient leurs projets ralentis par les lourdeurs administratives, les difficultés de financement ou l’absence de réseaux influents ? Combien d’innovations prometteuses disparaissent faute d’accompagnement ? Dépolitiser la vie économique ne signifie pas supprimer le rôle de l’État. Cela signifie construire un État arbitre, stratège et facilitateur, capable de garantir les mêmes opportunités à tous. Les pouvoirs publics doivent protéger la liberté d’entreprendre, encourager la critique constructive, sécuriser les investissements et favoriser l’émergence d’entreprises compétitives. Une nation qui sélectionne ses responsables selon leur loyauté politique plutôt que leurs compétences, risque de sacrifier son avenir au profit des intérêts du présent. L’Afrique a besoin d’institutions fortes qui survivent aux hommes, de politiques économiques qui dépassent les mandats et d’une vision industrielle qui résiste aux alternances politiques.
L’Afrique ne doit pas manquer le prochain rendez-vous de l’histoire
La Tesla Roadster ne représente pas seulement une promesse automobile. Elle symbolise cette capacité à imaginer ce qui paraît impossible, à mobiliser des capitaux, à fédérer des compétences et à transformer une ambition en projet industriel.
Il ne s’agit pas de présenter chaque annonce d’Elon Musk comme une révolution acquise. Les promesses technologiques doivent être confrontées aux preuves, aux contraintes économiques et aux exigences de sécurité. Mais une leçon demeure. Les nations qui investissent dans la recherche, l’éducation, l’industrie et la liberté d’innover se donnent les moyens de façonner l’avenir. L’Afrique doit désormais choisir entre trois trajectoires. Continuer à consommer les innovations étrangères, participer modestement à leur fabrication ou devenir elle-même un continent de création technologique. Pour y parvenir, trois priorités s’imposent. Faire de la formation scientifique et technique une urgence stratégique. Construire des mécanismes de financement adaptés aux entrepreneurs innovants. Enfin, libérer l’économie des discriminations partisanes pour consacrer le mérite et la compétence. Car le véritable retard de l’Afrique ne se mesure pas seulement aux technologies qu’elle ne possède pas encore. Il se mesure aussi aux talents qu’elle empêche d’éclore et aux idées qu’elle ne parvient pas à transformer en richesses. Pendant que certains imaginent des voitures capables de défier la gravité, nous devons nous demander comment libérer nos économies du poids des habitudes, des divisions et des blocages institutionnels. L’Afrique n’a pas vocation à rester éternellement spectatrice du progrès mondial. Elle possède les ressources humaines et naturelles pour y contribuer pleinement. Le monde prépare peut-être la voiture volante. L’Afrique, elle, doit préparer le décollage de ses intelligences. Et ce décollage ne se fera ni par les discours ni par les promesses, mais par la compétence, le travail, l’innovation et des institutions véritablement au service du développement.
Dr Tete Samuel Mathey Libre penseur

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Par Joel Rabbi
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